Yann Laure

Politique

Le pouvoir est ailleurs

 


 

© Yann Laure, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-0965-2

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TOME I
Le pouvoir est ailleurs

 

 

 

 

 

 

L’arrivée d’un homme au pouvoir ne devrait jamais être le fait d’une élection, mais le résultat d’un choix naturel imposé par le souffle de l’histoire. Seul l’événement donne sa dimension à l’individu, mais rarement l’inverse. Le Président élu est semblable au PDG qui est nommé à la direction d’une multinationale apatride. Aujourd’hui ici et demain autre part. Un individu devrait se servir de son pouvoir dans le seul but de servir sa patrie, et non l’inverse. Profiter de la notoriété que vous donne le pouvoir pour faire sa fortune personnelle devrait être puni pour trahison envers ce que l’on incarne. Temps que la démocratie sera servie par des hommes, je ne croirai jamais en elle.

 

Ce roman n’est pas le résultat d’un amour du complot, même si le complot fait partie de l’histoire et l’accompagne depuis la naissance du premier homme. Ce roman est plutôt le résultat d’une désillusion envers la politique. Ne voyez dans cette histoire aucun rapport avec des personnes ou des faits ayant existé, quoi que….En fin de compte, voyez-y ce que vous voulez et ce qui vous arrange, car ici, vous êtes en démocratie.

 

Chapitre 01
Les affaires sont les affaires.

 

La grosse berline de couleur sombre quitta la route avant de s’engager sur un petit chemin de terre jonché de trous remplis de l’eau de pluie qui ne cessait de tomber depuis plusieurs jours.

Après moultes secousses, la voiture arriva enfin sur le chantier où des dizaines de personnes semblaient patienter, parapluies à la main. Après s’être garé près de ce comité improvisé composé d’élus locaux et de journalistes, le chauffeur descendit et vint ouvrir la porte à Xavier Delibrecourt, député- maire indétrônable de la ville de Reims, en Champagne.

 

Un homme se pressa vers lui, armé d'un parapluie avant de l'accompagner pour qu'il se mette à l’abri dans un cabanon de chantier, improvisé en salle de réunion, au milieu de laquelle deux serveurs commençaient à remplir des coupes de champagne soigneusement alignées.

Delibrecourt s’isola quelques secondes du reste de l’assemblée afin de s’entretenir avec l’homme qui était venu le chercher à sa voiture et qui n’était autre que Benoît Perchon, son fidèle assistant parlementaire.

 

« Dites-moi Perchon, vous avez des nouvelles de Monsieur Lacapelle ? ».

« Oui Monsieur le Maire, il passera à votre propriété en fin d’après-midi. Il dit avoir un cadeau pour vous ».

« Bien, alors tâchons de faire vite. Je me demande bien ce que je fais ici par un temps aussi médiocre ? ».

« Les élections demandent quelques sacrifices, Monsieur le Maire ».

« Vous parlez d’un sacrifice, ma voiture est couverte de boue et mes chaussures sont complètement trempées » s’énerva le Maire en regardant ses souliers de grandes marques, d’un air désolé.

« Si ça peut vous faire gagner quelques centaines de voix ».

« Vous parlez ! C’est quoi ce chantier ? Je ne sais même pas où je me trouve. Qui sont ces paysans » demanda le Maire sur un ton péjoratif.

« Je vous en ai parlé avant-hier, il s’agit du chantier du parc éolien ».

Avant que le Maire n’ait eu le temps de répondre à son assistant, un homme en costume cravate, coiffé d’un casque de chantier s’approcha de Xavier Delibrecourt.

« Bonjour Monsieur le Député-Maire, pardonnez-moi de devoir vous presser, mais je ne voudrais pas que cette conférence ne retarde trop le chantier. Mes gars ont déjà une semaine de retard dû à la nature très instable du terrain.

« La nature du terrain ? D’où vient le problème cher ami ? » demanda le Maire en prenant un air interrogatif et faussement compassionnel.

« Nous sommes en plein marécage. Nous allons devoir remblayer la zone et ça va demander des semaines et des semaines ».

« Nous sommes pourtant en zone parfaitement constructible. Vous savez que chaque retard vous coûtera des pénalités mon cher Colini »

« Désolé de vous interrompre Monsieur le Maire, mais vous devriez vous adresser à la presse » proposa Perchon, un peu gêné de mettre fin à la discussion de son patron.

« Vous avez raison Perchon » répondit le Maire avant de mettre Colini en garde « Et surtout Colini, pas un mot sur le retard concernant le chantier. Nous en reparlerons plus tard »

Delibrecourt abandonna le patron de l’entreprise de construction dans le coin de l’abri et se rapprocha des journalistes en arborant son plus faux sourire.

« Alors messieurs dames, quelles sont vos questions ? Je vous écoute !».

« Les écologistes dénoncent le fait que le chantier se trouve en pleine zone humide » demanda une jeune journaliste de façon très directe et qui agaça le maire d'entrée de jeu.

« Haha, les écolos ne savent pas ce qu’ils veulent. Ce parc éolien va changer la vie de dizaines de milliers de personnes en leur assurons une production énergétique respectueuse de l’environnement. Que peut-on souhaiter de plus lorsque l’on est un écologiste ? » répondit le Maire, certain de piéger la jeune femme.

« Il ne s’agit pas de remettre en cause la nature du chantier, mais la nature du terrain qui a toujours été classé en zone humide. Cela pose deux problèmes, c’est une zone protégée et inconstructible »

« Cette zone a été clairement déclassifiée par arrêté préfectoral, tout cela est parfaitement légal Mademoiselle. Qui a une autre question ? »demanda le Maire, tentant ainsi de changer de sujet.

 

La jeune journaliste décida d’insister en posant une autre question, coupant même la parole à l'un de ses confrères.

 

« L’adaptabilité de la zone va coûter une fortune à la région, sans parler des retards ».

« Ne vous en faites pas Mademoiselle, tout cela a été discuté pendant de longues heures et rien n’a été laissé au hasard. Maintenant soyez gentille, vos collègues aimeraient pouvoir me poser d’autres questions » répondit le Maire sur un air plus qu’agacé.

« Serez-vous candidat à l’élection présidentielle ? » demanda un autre journaliste.

« Cela dépendra de la décision de Nicolas Debenois qui semble être le candidat désigné par le mouvement auquel j’appartiens. J’ai trop de respect pour cet homme. Il est hors de question de faire de l’élection une bataille personnelle. S’il est le candidat désigné par le parti, alors je me rangerai à ses côtés ».répondit Delibrecourt en prenant un air des plus solennel.

« Et au cas où il ne se présenterait pas ? » insista le journaliste.

« Bon, pardonnez-moi, mais j’ai plusieurs rendez-vous à honorer. Ma double fonction limite malheureusement le temps que je peux consacrer à la presse. Vous voudrez bien me pardonner, mais je dois interrompre cette conférence ».

 

Sans plus attendre, le Député-Maire quitta l’abri de chantier, escorté par son assistant jusqu’à la voiture où les deux hommes s’engouffrèrent avant que la berline ne reprenne la direction de la mairie de Reims.

 

« Que comptez-vous faire si le chantier prend trop de retard ? » demanda Perchon.

« Mais j’espère bien qu’il prendra du retard » rétorqua le Maire.

« Mais pourquoi ça ? ».

« Vous voyez Perchon, la politique, c’est l’art de savoir se baigner sans jamais se mouiller. Avec le retard qu’il va prendre, Colini va devoir nous verser des indemnités. Il va être pris à la gorge et c’est là que je serais en capacité de pouvoir négocier avec lui ».

« Mais négocier quoi Monsieur le Maire ? ».

« Je le saurai en temps voulu. Vous savez Perchon, en politique il y a toujours quelque chose à négocier. Disons que je garderai Colini sous la main en échange de mon indulgence à son égard ».

La berline finissait enfin par arriver devant les marches de la mairie que Xavier Delibrecourt et son assistant s’empressèrent de gravir afin d’éviter la pluie qui ne cessait de tomber en véritables trombes sur toute la région.

 

Les deux hommes gagnèrent l’étage. Le Maire s’enferma dans son bureau tandis que son assistant pris place dans le secrétariat où deux femmes s’activaient à traiter des dossiers.

Delibrecourt prit place dans son luxueux fauteuil avant que l’on frappe à la porte.

 

« Oui, entrez » s’exclama le Maire.

 

Un homme pénétra dans le vaste bureau en tenant une pochette cartonnée à la main.

 

« Bonjour Monsieur Delibrecourt, j’ai ce que vous m’avez demandé.

« Ha, très très bien Legrand, donnez-moi ça pour voir un peu ce que nous avons là »

 

L’homme s’approcha timidement du bureau sur lequel il posa le dossier. Le Maire s’empressa de le saisir et de le consulter. Il sortit une pile de feuilles qu’il survola du regard.

 

« Qu’est-ce que c’est que cette liste de noms ? »interrogea t-il.

« Il s’agit de prête-noms Monsieur le Maire. Nicolas Debenois a acheté plusieurs biens qu’il a mis aux noms de toutes ses personnes afin de dissimuler une grande partie de son patrimoine. Il y a une villa à la Réunion, un manoir en Normandie, plusieurs hectares de vigne dans le Bordelais et un haras en Seine et Marne ».

« Et à combien est estimé ce patrimoine caché ? ».

« Douze millions d’euros Monsieur le Maire, alors que sa dernière déclaration se monte à huit cent mille euros. ».

« Je crois que la candidature de Debenois est mal engagée. Avez-vous enquêté sur ses enfants ? »

« Oui, son fils de vingt ans travaille comme cadre dans le groupe Escome pour un salaire de huit mille euros par mois. Le seul souci, c’est qu’il est encore étudiant à temps plein dans une université Américaine. Tout ça ressemble fort à un emploi fictif ».

« Haha ! Debenois est mort, je vais enfin pouvoir me présenter à la présidentielle. Très bon travail Legrand. Vous allez maintenant vous renseigner sur Pierre Bourtin. Il s’agit d’un emmerdeur d’écolo qui veut faire campagne aux prochaines municipales. Je veux tout savoir sur lui, son passé, sa famille, sa couleur préférée, ce qu’il mange, tout ! Je ne veux pas risquer de voir ce fouineur mettre son nez dans mes affaires ».

« Bien, je me mets au travail dès aujourd’hui ».

« Parfait, maintenant je vous demande de bien vouloir me laisser, j’ai du travail. Vous connaissez la sortie ».

 

Le détective tourna les talons et sortit du bureau en faisant bien attention de ne pas claquer la porte afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Après avoir passé une bonne partie de la journée à son bureau, Monsieur Delibrecourt demanda à son assistant de faire avancer la voiture devant les marches de la mairie. Le Maire et Monsieur Perchon sortirent du bâtiment et prirent place à l’arrière de la berline qui démarra avant même que les deux hommes n’aient fini de boucler leurs ceintures de sécurité.

 

« Il est 16 h 00, Lacapelle ne va pas tarder à arriver chez moi. Je veux être sur place lorsqu’il sera là ».

« Il a dit qu'il avait un cadeau pour vous, s’il tient à vous le remettre en personne, ça doit être important ».

« En fait c’est pour Brigitte, mon épouse, mais c’est moi qui lui ai mis l’idée en tête. Je l’ai en quelque sorte orienté vers un cadeau, à quoi bon recevoir quelque chose que l’on n’apprécie pas ? ».

 

La voiture finit par arriver devant l’entrée de la propriété, un magnifique corps de ferme Champenois totalement rénové et entouré d'immenses pâturages où galopaient plusieurs chevaux de course. Alors que la berline remontait le long chemin de grève, Delibrecourt pouvait déjà apercevoir un camion sur lequel il y avait écrit « transports de chevaux ».

 

Le chauffeur du Maire gara sa voiture à quelques mètres seulement du camion, avant de descendre ouvrir la portière à son patron. Xavier Delibrecourt s’avança vers deux hommes qui étaient en train d’ouvrir les portes arrière du camion afin d'en faire descendre le magnifique étalon dont la croupe était déjà visible. Au même instant, un gros 4x4 se gara non loin de là avant qu'un homme en costume n'en descende et se dirige vers Monsieur le Maire.

 

« Alors Delibrecourt, il vous plaît ? ».

« Lacapelle ! Bonjour mon ami. Il faudrait être véritablement difficile pour ne pas trouver cette bête magnifique. Quel merveilleux cadeau vous me faites là ».

« Je vous dois bien ça » répondit l’homme d’affaires en serrant la main du Maire.

« J’ai un principe en politique comme dans la vie, toujours faire travailler les amis en priorité. Qui serait assez idiot pour donner le marché des ordures de la ville à des inconnus ? ».

« Vous n’étiez pas obligé de me favoriser »rétorqua Lacapelle.

« Favoriser ! Mais vous avez participé à un appel d’offres mon cher Lacapelle, même si je dois reconnaître que les critères n’étaient pas évidents pour les autres. Et puis vous m’avez aidé pendant la campagne pour les municipales. Vous avez œuvré pour le bien être de chacun en m’aidant à devenir maire. Vous faites un peu partie du conseil municipal quelque part »ironisa Delibrecourt.

« Vous avez encore de la place pour cet étalon dans votre propriété ? ».

« Mes chevaux ne resteront pas ici très longtemps. Je travaille à la construction d’un centre équestre municipal. Ma femme qui est passionnée de chevaux va sans aucun doute être nommée pour s’en occuper. Il va de soi que tous nos chevaux y partiront en pension, ce sera plus pratique pour que mon épouse veille sur eux tout en étant au travail. Il s’agit en quelque sorte de joindre l’utile à l’agréable, rien de plus ».

« Il y a une clientèle pour un centre équestre municipal à Reims ? ».

« Il y a déjà moi ainsi que mon épouse,mais les autres suivront, la région comporte beaucoup de gens fortunés et propriétaires de chevaux ».

« Comment ferez-vous pour convaincre la région et le conseil municipal ? ».

« Tout cela n’a rien à voir avec la région. Je passe directement par le conseil de l’Europe. J’ai acheté des terres cultivables que je vais revendre à la ville par le biais d’un prête-nom, pour ensuite les convertir en terrain pour attraction touristique. L’Europe va nous apporter une subvention non négligeable. Je court-circuite ainsi la région et je ferais une jolie plus-value au passage ».

« Et bien bonne chance à vous. Je vous enverrai des clients une fois que votre centre sera terminé. Je connais beaucoup de propriétaires. Pardonnez-moi, mais il faut que je file » déclara Lacapelle avant de saluer son ami et de retourner à sa voiture. le Maire s’approcha de l'étalon et commença à le caresser.

 

Delibrecourt guida ensuite les deux hommes afin qu’ils conduisent le cheval à l’écurie. Au même instant, son épouse arriva dans la cour du corps de ferme au volant de sa voiture de sport allemande. Elle se gara derrière le camion avant de descendre pour se rendre aussitôt à l’écurie où elle retrouva son mari.

 

« Il est magnifique ce cheval » s’exclama Madame Delibrecourt en se blottissant contre son époux.

« Il te plaît ! Lacapelle ne s’est pas moqué de nous. Et toi, tu as passé une bonne journée ? ».

« Pas terrible en fait. Je ne supporte plus le personnel technique de la ville, rien ne va jamais comme il faut. Il n’y a jamais moyen d’être tranquille au bureau ».

« Ne t’en fais pas, dans quelques mois tu seras responsable du centre équestre et tu pourras enfin vivre de ta passion et quitter tous ces idiots du service technique ».

 

Le Maire et son épouse laissèrent les deux hommes finir d’installer l’étalon dans l’écurie et retrouvèrent l’intérieur cossu et chaleureux de leur luxueuse demeure où Monsieur Delibrcourt se posa dans un fauteuil avant de se saisir du téléphone sur lequel il composa un numéro. Il ne fallut pas longtemps pour qu’un homme se présente au bout du fil.

 

« Oui, j’écoute ! ».

« Allô ! Colini ? »demanda Delibrecourt.

« Oui, c’est pourquoi ? ».

« Rien de grave, c’est Delibrecourt. J’aimerais vous inviter à dîner demain midi. C’est au sujet du centre équestre. Je voudrais savoir où en est votre architecte ».

« Les plans sont terminés, le problème reste le prix, sans parler de l’appel d’offres ».

« Arrêtez de faire une fixation sur ce bon Dieu d’appel d’offres. De toute façon vous serez le moins cher de tous. Nous ferons comme d’habitude et tout se passera comme prévu ».

« Je ne peux pas baisser mes prix, je risque déjà de devoir des indemnités de retard à cause des éoliennes, si en plus je casse mes prix, je vais couler mon affaire ».

« Si vous baissez votre prix, je m’occupe des pénalités concernant le parc éolien ».

« Je vais finir par travailler à perte. J’ai une boîte à faire tourner et des fournisseurs à payer ».

 

« Dites-moi ce que vous voulez, du Polonais, du Roumain ou n’importe quoi d’autre. J’ai des tas de logement sociaux vides, les loger ne vous coûtera pas un euro. Faites les venir et moi je m’occupe du reste. Je peux même vous fournir un bus de la ville pour les conduire sur le chantier tous les matins, sans parler des repas du midi, je passe ça en perte pour les cantines ».

« Bon, je vais voir ce que je peux faire ».

« Super Colini ! Alors je vous dis à demain, passez donc à la mairie pour 11 h 00, comme ça, nous pourrons discuter des plans avant d’aller manger ».

 

Le Maire salua son interlocuteur et raccrocha le combiné avant que sa femme ne vienne le rejoindre dans le salon où brûlait un généreux feu de cheminé crépitant.

 

« C’était Colini ? » demanda Madame Delibrecourt à son époux.

« Oui, je lui ai demandé de s’occuper du centre équestre, mais il rechigne déjà sur le prix alors que les plans n'ont pas encore était dessinés ».

« J’espère qu’il ne va pas nous attirer des problèmes ? ».

« Colini ! Non, il est trop empêtré dans les magouilles pour pouvoir la ramener. Il fera comme je lui demanderais de faire. Il pleure tout le temps, mais ne t’en fait pas, il n’est pas à plaindre ».

 

Le lendemain, en fin de matinée, alors qu’il était occupé à son bureau de la mairie, Xavier Delibrecourt entendit frapper à la porte. Il se leva afin d’aller ouvrir et se retrouva en face de Colini à qui il s’empressa de dire bonjour.

 

« Colini ! Entrez mon vieux, ne restez pas dans le couloir. Vous avez apporté les plans ? ».

L’homme sortit alors une grande enveloppe de sa veste avant d’en extraire plusieurs feuilles qu’il déplia avant de les poser sur le bureau du Maire.

« Voilà ce que ça donne. Mon architecte a établi un premier croquis de ce que pourrait donner le centre équestre une fois achevé ».

« Mais ce sont des écuries ! » sembla s’étonner le Maire.

« Eh bien ce n’est pas ce que vous vouliez ? ».

« Pas exactement, j’aurais plutôt imaginé un centre de loisir pour chevaux et cavaliers. Un bar, un restaurant, une piscine, un grand parking ».

« Moi je veux bien, mais le prix risque fort de s’envoler ».

« Peu importe, Bruxelles va me verser cinq cent mille euros, il reste encore le conseil municipal à convaincre ».

« Je veux bien, mais là on risque de frôler les deux millions. Je ne sais pas si le conseil acceptera votre projet ? ».

« Bien entendu qu’il acceptera, il suffit de leur faire croire qu’ils font une affaire. Laissez-moi me charger des conseillés ».

« Le plus simple serait que vous passiez à mon entreprise, nous pourrions ainsi nous entendre avec l’architecte et l’un de mes chefs de chantier ».

« Oui, je crois que vous avez raison, ce sera bien plus simple. Quand puis-je passer à votre bureau ? » demanda Delibrecourt.

« Demain soir, après 20 h 00, histoire d’avoir la paix ».

« Non,je ne pourrai pas, j’ai justement la réunion du conseil concernant ce projet ».

« Alors après-demain soir, même heure ? ».

« Entendu, c’est parfait ».

« Alors nous disons après-demain, 20 h 00 à mon bureau. Maintenant je dois vous laisser Monsieur le Maire, j’ai rendez-vous sur un chantier. Je suis désolé, mais je ne pourrais pas déjeuner avec vous comme vous me l’avez proposé ».

« Ce n’est pas grave, nous aurons certainement d’autres occasions pour déjeuner ensemble. Je ne vous raccompagne pas »conclu Delibrecourt.

 

Colini laissa les documents sur le bureau et se dirigea vers la porte avant de disparaître dans le couloir. Midi approchait, le Maire sortit de son bureau afin de rejoindre sa voiture qui attendait devant la mairie, lorsqu’il fut interpellé par une jeune femme. Il s’agissait de la journaliste qui lui avait posé des questions de façon insistante sur le chantier des éoliennes.

 

« Monsieur Delibrecourt, j’aurai quelques questions à vous poser concernant l’attribution du marché des ordures de la ville ».

« Pas maintenant Mademoiselle, je vais déjeuner. Prenez rendez-vous auprès de mon assistant ». répondit le Maire tout en accélérant le pas afin de rejoindre rapidement sa voiture.

« Je l’ai cherché, mais il est introuvable. C’est pourquoi j’ai décidé de venir vous voir directement »

« Normal, c’est son jour de repos ».

« Des voix s’élèvent pour affirmer que la société de Monsieur Lacapelle aurait été favorisée ».

« Monsieur Lacapelle a répondu à un appel d’offres, ni plus ni moins Mademoiselle ».

« L’appel stipulerait une clause que seule la société Lacapelle pouvait respecter »

« Ah oui, et laquelle ? » demanda le Maire d’un air sûr de lui.

« Il est stipulé sur l’appel d’offres que l’entreprise la plus proche de l’incinérateur serait retenue en priorité. C’est très tendancieux comme argument ».

« Pas du tout Mademoiselle, je me soucie simplement de l’environnement. La proximité avec l’incinérateur limite le nombre de kilomètres parcouru par les camions de ramassage. Plus l’entreprise est proche et moins il y aura d’émission de CO2. C’est une clause écologique tout à fait valable ».

« Alors pourquoi avoir recours à un appel d’offres si Lacapelle est désigné par avance ? ».

« Parce que c’est la loi. Rien n’empêche les autres entreprises de déménager afin de se rapprocher de l’incinérateur. Maintenant pardonnez-moi, mais je vais déjeuner ».

 

Xavier Delibrecourt ne perdit pas un seul instant et prit place à l’arrière de sa voiture avant que celle-ci ne démarre en trombe en direction du centre-ville, abandonnant là la jeune journaliste qui décida de rendre visite à l’un des concurrents du Maire pour les prochaines municipales. Elle récupéra sa petite voiture qui faisait plus penser à un pot de yaourt qu’à une automobile et prit la direction du local du futur candidat, Pierre Bourtin.

 

Elle pénétra dans une petite rue tout en vérifiant plusieurs fois le nom sur la plaque accrochée au mur afin de se convaincre qu’elle se trouvait bien à la bonne adresse. Elle gara sa voiture tout en fracassant pour la centième fois la jante avant droite contre le bord du trottoir. La rue n’était occupée que de vieux locaux abandonnés, fermés par de vieux rideaux en ferrailles rouillés et complètement cabossés. On pouvait voir un peu plus loin, l’entrée d’un bâtiment qui dénotait complètement avec le reste de la ruelle. La devanture qui était faite d’une grande vitrine était totalement recouverte d’affiches avec le portrait du candidat Pierre Bourtin sous lequel on pouvait lire « Le futur n’existe pas ». La jeune femme poussa la porte. Une secrétaire assise derrière un bureau s’adressa à elle sur un air fort sympathique.

 

« Bonjour Mademoiselle, je peux vous renseigner ? ».

« Oui, je suis Marie Sanlis, j’aurai aimé parler à Monsieur Bourtin ».

« Vous avez rendez-vous ? ».

« Non, pas du tout. Je travaille pour Le Sacre, un petit journal local ».

« Je suis désolé, mais Monsieur Bourtin ne reçoit que sur rendez-vous ».

Au même instant, une porte s’ouvrit dans le fond de la pièce, laissant apparaître Pierre Bourtin que Marie s’empressa d’interpeller dès qu’elle le reconnut.

« Pardonnez-moi Monsieur Bourtin, je travaille pour un journal local et j’aurai voulu m’entretenir avec vous au sujet de Xavier Delibrecourt ».

« Bonjour, quel sujet auriez-vous souhaité aborder à son sujet ? Il y en a tellement ! ».

« C’est au sujet du parc éolien implanté en pleine zone humide ».

« Il n’y a malheureusement aucun recours possible. Delibrecourt bénéficie du soutien du préfet qui a déclassifié la zone ».

« Vous pensez qu’il soudoie le préfet ? »demanda la jeune femme.

« Pas besoin, c’est le frère de son épouse. Vous pensez bien que cela facilite les choses pour Delibrecourt. Ce type fait la pluie et le beau temps dans toute la région depuis quinze ans. Tout le monde est à sa botte ».

« Aucun autre candidat ne peut le battre ? ».

« Pourquoi serait-il battu ? Les gros bonnets de la région ont tout ce qu’ils désirent depuis que Delibrecourt occupe la mairie de Reims, à quoi bon en changer. Il a les pieds dans le ciment. Il ne partira que pour la présidence du pays ».

« Pourquoi vous présentez-vous dans ce cas ? » s’étonna la jeune femme.

« Parce que je ne peux pas rester sans rien faire. Je pense à tous ceux qui se font arnaquer par ce type depuis des années et qui en redemandent. Les idiots ! ».

« Vous pensez pouvoir les changer ? ».

« Peut-être pas, mais je dois au moins essayer de les avertir. Je dois leur retirer le voile qu’ils portent devant leurs yeux et qui les empêche de voir qui est réellement Delibrecourt ».

« Comment comptez-vous vous y prendre ? ».

« J’organise des réunions publiques tous les jeudis soir depuis trois ans. Je présente les faits aux gens en faisant bien attention de ne pas tomber dans la diffamation ou l’insulte ».

« Et ça marche comme façon de procéder ? ».

« Moyennement, parfois il y a quarante personnes, d’autres fois cinq ou six, mais l’important c’est d’être entendu afin que les gens parlent autour d’eux ».

« Le siège national du parti écolo ne vous soutient pas ? ».

« Je n’ai rien à voir avec les écolos. J’ai créé mon propre mouvement tellement j’étais exacerbé par le trop-plein de paroles qui était inversement proportionnel aux actions menées sur le terrain. Libéralisme et écologie n’ont rien à faire ensemble. Je me bats seul, mais au moins j’ai une petite base de gens qui me supporte et m’encourage pour continuer. Peu importe la force du vent, l’essentiel est que le bateau continue d’avancer ».

« Pourquoi Delibrecourt parvient-il à être élu à chaque élection ? » se demanda Marie.

« Il a constitué une base électorale solide composée de retraités, de cadres, de gens de la classe moyenne, de paysans. Des gens qui portent la valeur du travail au-dessus de tout ».

« Et comment Delibrecourt fait-il pour mettre cette valeur en avant ? ».

« Il y a douze ans, les Champagne Henry qui représentent le plus gros producteur national ont été sur le point de déposer le bilan. Une société Allemande s’est proposée pour reprendre l’entreprise, mais Delibrecourt s’y est opposé, mettant en avant un riche prince Saoudien. Ce n’est autre que Laurent de Librecourt, le fils du député-maire qui a organisé la cessation par l’intermédiaire de la société financière qu’il dirige. Trois mois plus tard, Xavier Delibrecourt faisait l’acquisition d’un splendide corps de ferme qu’il a fait complètement rénover depuis ».

« Il aurait touché une commission de la part du prince Saoudien ? ».

« Non, c’est Laurent Delibrecourt qui a tout financé de la façon la plus légale possible. Le Maire n’a fait que favoriser le prince Saoudien à condition qu’il prenne son fils pour jouer les intermédiaires et empocher plusieurs millions d’euros. Mais comme personne ne peut prouver qu’il y a eu favoritisme, la justice ne peut rien faire ».

« Peut-être, mais le fils a tout de même financé le corps de ferme et les travaux ».

« Payer une maison à ses parents n’a rien d’illégal et comme l’argent gagné a été déclaré par la société de son fils, personne ne peut les attaquer pour quoi que ce soit alors qu’il y a eu bel et bien conflit d’intérêts ».

« Et l’opinion publique, comment a-t-elle réagi ? ».

« Delibrecourt est devenu le sauveur de l’économie de toute une ville en trouvant un repreneur et en évitant trois mille licenciements. Le reste n’a eu aucun écho. Je vous l’ai dit, la valeur du travail l’emporte sur la valeur de l’honnêteté. Peu importe que le Maire soit corrompu, l’essentiel n’est pas là pour les gens. Même deux accusations pour viol n’ont pas altéré l’opinion publique »

« De quoi parlez-vous ? »demanda Marie.

« Delibrecourt a été accusé de viol par deux de ses collaboratrices. La première s’appelle Martine Pingeot, elle fut sa secrétaire de mairie pendant quatre ans. La seconde se nommait Isabelle Lafure ».

« S’appelait ? » s’étonna Marie.

« On l’a retrouvé pendue dans son appartement du centre-ville ».

« Mais pour quelle raison se serait-elle suicidée ? ».

« Aucune preuve n’a pu être avancée par l’avocat de l’accusation. Il est probable qu’Isabelle Lefure ne là pas supportait et a eu peur d’être prise pour une menteuse, sans parler de la honte quelle a dû ressentir ».

« Et pour ce qui est de Martine Pingeot ? ».

« Même chose, pas de preuve pour pouvoir accabler Delibrecourt. Madame Pingeot a préféré donner sa démission et a quitté Reims pour aller vivre dans le Sud ».

« Vous avez l’air d’avoir un dossier complet sur Delibrecourt ».

« C’est peu de le dire, j’ai constitué un dossier de plusieurs milliers de pages que j’ai transmis au tribunal de Reims. Cela fait maintenant deux ans, mais toujours aucune nouvelle ».

« Vous pensez qu'il est couvert par la justice ? ».

« Je ne pense pas, en revanche, il est fort probable que les soutiens viennent de très haut ».

« Il n’est que député-maire, ses soutiens doivent tout de même être relativement limités ».

« Je vous rappelle qu’il brigue la présidence de la République pour cette année. Il connaît tous les réseaux qui lui permettront d’accéder au pouvoir ».

« Delibrecourt, président ! » sembla s’étonner la jeune femme.

« On voit que vous connaissez mal cet homme. Il est bien plus puissant qu’on ne peut l’imaginer ».

« À quel juge avez-vous transmis le dossier sur le Maire ? ».

« Le juge Alfon, pourquoi ? ».

« Vous vous opposeriez au fait que je puisse le rencontrer ? »

« Non, au contraire, plus les gens remueront la boue, plus il en sortira quelque chose ».

« Merci, ça vous dérange si je viens pour assister à votre réunion publique jeudi prochain ? ».

« Pas du tout, je serai au moins sûr d’avoir une personne qui viendra m’écouter ».

« Alors je viendrai, maintenant pardonnez-moi, mais j’ai à faire. Je vous dis à jeudi » conclu Marie en quittant le petit local avant de regagner sa voiture. Elle décida de se rendre aussitôt au tribunal de Reims pour tenter de parler avec le juge Alfon afin de voir s’il était possible d’en tirer quelque chose.

 

Après avoir traversé toute la ville, Marie se gara non loin du tribunal en étant fidèle à elle-même et en fracassant une nouvelle fois sa jante avant droite contre le bord du trottoir. Elle se présenta à l’accueil où elle demanda à être reçue par le juge en question. On la fit alors patienter un peu plus d’une heure avant de lui indiquer le bureau auquel elle devait s’adresser. Elle se présenta devant une porte épaisse recouverte de cuir rouge à laquelle elle frappa avec énergie avant d’entrer sans attendre de réponse. Un homme d’une cinquantaine d’années aux cheveux courts poivre et sel releva la tête de son bureau et l’interpella avec une voix des plus posées.

 

« Vous vouliez me voir Mademoiselle ».

« Oui, pardonnez-moi, je suppose que vous avez un emploi du temps hyper chargé » répondit Marie en se laissant embarquer dans un débit de mots assez impressionnant qui indiquait clairement qu’elle était fortement intimidée par la présence de l’homme de loi qui se trouvait devant elle.

« J’ai au moins le temps de vous recevoir, je suis à vous maintenant. Prenez donc la peine de vous asseoir ».

 

La jeune fille s’avança timidement et tira une chaise vers elle comme pour ne pas trop s’approcher du bureau.

 

« Vous connaissez Pierre Bourtin ? » demanda Marie.

« Oui, il s’est déjà présenté à l’élection municipale face à monsieur Delibrecourt ».

« Il vous a remis un dossier sur le Maire de Reims d’après ce que je sais ».

« Je ne suis pas en mesure de vous révéler cela, nous sommes dans le secret des sources ».

« Je sors de sa permanence à l’instant. C’est lui qui m’a donné votre nom afin que je vous rencontre ».

« Quoi qu’il en soit, ce dossier ne m’a servi à rien, pour la bonne et simple raison que nous sommes parfaitement au courant de toutes ses affaires ».

« Les champagnes Henry ne vous posent pas un petit problème de conflit d’intérêts ? ».

« Le prince Saoudien qui a repris la société fait parti de la famille qui dirige l’Arabie-Saoudite ».

« Ce qui veut dire ? ».

« Ce qui veut dire que l’Arabie nous achète des armes et des avions et que Delibrecourt a favorisé la politique extérieure du pays en ayant une préférence pour le prince Saoudien ».

« Il est donc couvert par la justice ».

« Pas par la justice, mais par les réseaux implantés dans tous les milieux, politique, affaires, justice. Tout est lié ».

« Qu’avez-vous tenté de faire de votre côté ? ».

« J’ai transmis le dossier et il est certainement parti remplir les armoires renfermant les milliers d’affaires en attente ».

« Vous ne pouvez pas le mettre en examen afin de diligenter une enquête ? ».

« Je ne décide pas des affaires que je traite Mademoiselle. Je peux fournir des preuves, mais ce n’est pas moi qui décide de juger l’affaire de mon choix ».

« Il faut faire tomber Delibrecourt avant les élections présidentielles. S’il est élu, il bénéficiera de l’immunité durant toute la durée de son mandat ».

« Je ne peux malheureusement pas vous aider, le mieux est de fouiller, d’accumuler des preuves ».

« Je comprends Monsieur le juge, je ne vais pas vous faire perdre votre temps plus longtemps ».

Marie se leva et salua le juge avant de quitter le bureau et de retourner à sa voiture.

 

Au même instant à la mairie de Reims, les conseillés municipaux prenaient place en vue du conseil. La grande salle se transforma en véritable champ de bataille politique scindée par deux rangées de tables équipées de micros pour chacun des intervenants. D’une part, l’opposition et de l’autre, l’équipe du Maire de la ville. Delibrecourt pénétra dans les lieux, faisant se lever l’assemblée par signe de respect avant d’autoriser tout le monde à s’asseoir.

 

« Bonjour à tous et bienvenue pour ce conseil municipal. Je voudrais revenir aujourd’hui sur le projet que j’avais évoqué lors du dernier conseil, concernant la construction d’un centre équestre municipal. Des voix s’étaient élevées ici et là pour contester vigoureusement ce projet et dire que ce serait une dépense inutile pour l’aménagement de la ville de Reims. Il est évident que depuis l’implantation d’une gare TGV depuis quelques années, la ville a vu son activité touristique augmenter de façon remarquable. Il suffit de se balader dans le centre-ville pour le constater, sans oublier notre proximité avec Paris, Metz et Lille qui voient aujourd’hui leurs aménagements équestres saturés par la demande. Je trouve donc judicieux de créer un pôle qui tournerait autour du cheval, pas seulement une pension, mais un complexe destiné aux passionnés du cheval et de l’équitation dans toute sa diversité. Alors évidemment, cela a un coût, mais il faut le prendre comme un investissement pour l’avenir. J’ai avec moi une étude très précise de ce que pourrait rapporter ce centre à la municipalité une fois l’investissement amorti ».

 

Le chef de groupe de l’opposition interpella le maire de façon plutôt virulente.

 

« Et par qui a été réalisée cette étude ? ».

« Par la société Laurent Delibrecourt finance qui est tout à fait habilité à effectuer ce genre d’étude Monsieur Leroy ».rétorqua vigoureusement le maire.

« Je ne trouve pas normal que votre fils soit chargé de cette étude ».protesta le conseillé.

« Mais tout ceci est parfaitement légal, un appel d’offres a été déposé au journal officiel ».

« Et sur quel critère votre fils a-t-il été choisi ? ».

« Premièrement, il ne s’agit pas de mon fils, mais de sa société, ensuite, il a été retenu sur le prix. Il a été le moins onéreux pour la ville de Reims. Voyez-vous une objection à ce que les contribuables ne soient pas matraqués en permanence ? » demanda le Maire d’une façon plutôt habile afin de couper court à la discussion avant de reprendre son explication concernant le centre équestre.

 

« Merci Monsieur Leroy. Je reprends donc où vous m’avez coupé. Le centre équestre sera donc bénéficiaire au terme de l’amortissement et permettra la création d’une trentaine d’emplois à temps plein, ce qui n’est pas négligeable par les temps qui courent. J’ai rendez-vous demain soir avec Monsieur Colini afin que nous discutions plus précisément des aménagements ».

« Pourquoi Colini ? Il n’y a eu aucun appel d’offres à ce que je sache » s’énerva Monsieur Leroy.

« Ne vous énervez pas Leroy, je vais chez Colini pour discuter du projet, pas pour signer le contrat. On n’a pas besoin d’un appel d’offres pour discuter à ce que je sache, ou du moins pas encore ».

« Alors pourquoi discuter avec Colini si rien n’a encore été prévu pour le centre ? ».

« Et bien justement, demain soir permettra d’avoir une base de travail à proposer aux entreprises qui répondront à l’appel d’offres que nous déposerons, chaque chose en son temps ».

« Et qui va payer pour demain soir ? ».

« Personne Monsieur Leroy, nous allons juste discuter, arrêtez de faire une fixette sur l’argent ». répondit le Maire, ne manquant pas de déclencher l’hilarité générale avant de conclure.