Humanisme (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007283

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Humanisme (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

Le mot humanisme était encore à la mode au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au point que tous les courants de pensée s’en recommandaient : Sartre démontrait que l’existentialisme est un humanisme, les marxistes ne répugnaient pas à se servir de ce vocable pour définir leur doctrine, Henri de Lubac reconnaissait à certains types d’athéisme une valeur humaniste, et Fernand Robert s’interrogeait sur la fortune du mot et de la chose en remontant le cours du temps. Depuis lors, des philosophes, des éducateurs et des politiques ont mis en question un grand nombre de valeurs sur lesquelles reposait naguère l’idée que la plupart des hommes se faisaient de leur propre destin et du progrès de la civilisation, et l’idée d’homme paraît elle-même aux yeux de certains dénuée de signification. Si bien que l’emploi du mot est de plus en plus réservé aux spécialistes de la Renaissance, pour désigner à la fois une période socio-culturelle, la puissance de transformation qui a restructuré alors l’image du monde, et la conception de l’homme, qui s’est progressivement imposée grâce à ces agents de transformation que furent les humanistes eux-mêmes, avec l’appui de forces matérielles et spirituelles extérieures.

1. L’âge de l’humanisme

Deux historiens de la Renaissance, André Chastel et M. P. Gilmore, en donnant pour titres à l’un de leurs ouvrages L’Âge de l’humanisme (1963) pour le premier, Le Monde de l’humanisme (The World of Humanism, 1952), pour le second, veulent tout d’abord situer le phénomène de l’humanisme dans un système de coordonnées spatio-temporelles, encore que les coupures historiques ne soient pas très nettement tranchées chez le premier, et que les frontières géographiques – même précisées par celles de la chrétienté latine – soient un peu floues chez le second. En effet, même sans faire remonter l’humanisme au XIVe siècle et à Pétrarque, et encore moins à Dante, voire aux XIIe et XIIIe siècles, selon une tendance propre à certains historiens italiens, comme G. Toffanin, sous prétexte qu’en Italie l’humanisme a nettement précédé ses manifestations dans les autres pays d’Europe, il est difficile d’assigner un terminus a quo et un terminus ad quem à un mouvement d’esprit, une tendance générale, une conception du monde. Gilmore, en choisissant la date de 1453 et celle de 1517, a voulu mettre l’accent sur deux événements dramatiques qui ont effectivement bouleversé l’histoire du monde : la prise de Constantinople par les Turcs, qui devait achever le processus de désunion entre les deux chrétientés, l’occidentale et l’orientale ; l’apparition de Luther et l’affichage à Wittenberg des quatre-vingt-quinze articles qui devaient diviser irrémédiablement la chrétienté occidentale, non sans conséquences sur les plans les plus divers, religieux, intellectuel, artistique, social, économique.

Chose surprenante, le terme d’humanisme ne date que de la seconde moitié du XIXe siècle : contemporain de Jakob Burckhardt, qui devait pendant longtemps fournir l’impulsion et le modèle des recherches dans ce domaine, Georg Voigt rapprochait définitivement en 1859 le mouvement humaniste de la Renaissance, c’est-à-dire de la redécouverte, ou même de la découverte des écrivains de l’Antiquité gréco-latine. Les Italiens avaient bien inventé le mot umanista, qui apparaît dès le Quattrocento dans le jargon des professeurs et des étudiants (comme les termes de jurista ou d’artista) mais son champ sémantique ne correspond pas à ce que l’on entend aujourd’hui par humaniste, appliqué à des hommes comme Érasme, Vives, More, Budé, Melanchthon, Sadolet : l’umanista était un professeur de grammaire et de rhétorique, ce que ne furent pas nécessairement tous les humanistes européens, mais ils furent bien autre chose.

• Humanisme, humanistes, l’homme et les « humanités »

Mouvement historique, force socio-culturelle – certains parleraient aujourd’hui d’idéologie – l’humanisme de la Renaissance n’exprime pas une philosophie déterminée. Un titre, celui du discours De dignitate hominis de Pic de la Mirandole (1486), et une phrase de ce discours préciseront un aspect essentiel de cet idéal humaniste, incarné dans des œuvres et dans une action sociale et spirituelle qui leur est associée : « J’ai lu, dans les livres des Arabes, qu’on ne peut rien voir de plus admirable dans le monde que l’homme. » Et certes, comme le mot humanisme le laisse bien entendre, c’est à un modèle de perfection humaine – d’ordre éthique chez les moralistes, les pédagogues et les philosophes, d’ordre esthétique chez les artistes, d’ordre social chez les juristes et les politiques – que tendent la méditation et l’action d’hommes qui ont nom Marsile Ficin, Politien, Vives, Érasme, Colet, Budé, Zazius, Melanchthon, Iacopo de’ Barbari, Léonard de Vinci, Dürer, les Holbein, Metsys, Cardan, Rabelais, Montaigne et combien d’autres ! Ce modèle humain n’est pas le produit d’une intuition solitaire : Pic évoque la littérature arabe, mais c’est essentiellement à la littérature gréco-latine des Anciens que se réfèrent les humanistes pour trouver leur inspiration dans tous les domaines où s’applique leur esprit. Pour désigner cet effort de résurrection, qui va de la traduction pure et simple (du grec en latin) à l’imitation, à l’adaptation, au commentaire, aux éditions critiques et annotées, aux transpositions de toute sorte auxquelles se livreront un maître, un élève ou un artiste épris de symboles patinés par le temps, deux expressions sont concurremment employées : studia humanitatis ou litterae humanioreshumanitas