Histoire de la Grèce antique (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007252

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Histoire de la Grèce antique (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

Rien ne semblait a priori destiner la péninsule grecque à être le centre d’une des plus brillantes civilisations de l’histoire, de la première surtout qui sut poser les problèmes auxquels l’homme n’a pas encore fini de chercher des réponses. Le pays est en effet aride, le relief compartimenté, le climat rude l’hiver, chaud l’été. Peu de grandes plaines, sauf dans le Nord (Macédoine, Thessalie). Ailleurs, de petites plaines entourées de reliefs escarpés, où l’homme a dû s’accrocher pour tirer de quoi subvenir à ses besoins. Peu de ressources minérales, et notamment très peu de fer. Des communications malaisées par voie de terre. Mais partout, la mer pénètre profondément par toutes les échancrures du relief, une mer parsemée d’îles, où la navigation n’est pas toujours facile, mais qui constitue la voie principale de tous les échanges et de tous les contacts.

Faut-il alors, comme on a été tenté de le faire, parler de « miracle grec », imaginer une terre privilégiée où des hommes plus intelligents auraient tout inventé ? Ce serait méconnaître une réalité beaucoup plus complexe, prendre Athènes pour la Grèce tout entière, ignorer qu’à Athènes même subsistaient des traces d’un passé obscur et primitif. Ce serait oublier aussi que cette civilisation brillante, cette culture raffinée n’ont été possibles que parce que l’homme libre se déchargeait d’une partie du soin d’assurer sa subsistance sur une masse d’esclaves ou de dépendants qui lui demeuraient à jamais étrangers, comme ils étaient étrangers à la vie de la cité. Nier la réalité de l’esclavage grec, sous prétexte de laver la Grèce d’une souillure qui la ternit, c’est se refuser à voir les faits, c’est aussi introduire dans la réflexion historique une sentimentalité dont elle n’a que faire. La Grèce antique n’a pas été ce monde de pureté auquel fait penser la blancheur de ses temples... qui d’ailleurs étaient peints de couleurs violentes ! C’est un monde de violence et de cruauté, de feu et de sang, qui a vécu presque perpétuellement en état de guerre. Mais c’est aussi le monde où pour la première fois les hommes ont pris en main leur destin et affirmé, face aux dieux et à ceux qui se voulaient leurs héritiers, l’égalité des hommes et le droit du plus humble, pourvu qu’il soit membre de la communauté civique, à juger des intérêts de la cité. Plus que le Parthénon, que les tragiques ou que l’éloquence démosthénienne, ce qui fait la grandeur de la Grèce ancienne, c’est d’avoir inventé la politique.

1. Migrations et peuplement

• Premiers établissements et civilisation mycénienne

Dans ce pays si peu fait pour retenir l’homme, les premiers établissements humains apparaissent dès le Ve millénaire, parsemés et peu importants, mais qui témoignent qu’au Néolithique la Grèce était déjà habitée. Puis, vers la fin du IVe millénaire, de nouveaux arrivants s’installent dans le pays, atteignant des régions non encore habitées. On pense qu’ils étaient originaires d’Anatolie. La Grèce entre alors dans l’âge du bronze, et c’est à la fin de l’époque dite du bronze ancien, vers le début du IIe millénaire, qu’arrivent de nouveaux envahisseurs en qui on s’accorde à reconnaître les premiers Grecs, des Indo-Européens venus du nord. Ils n’apportèrent pas d’abord de notables modifications dans la vie des populations balkaniques. La plupart des termes qui, dans la langue grecque classique, désignent les cultures traditionnelles (blé, vigne, olives) sont des vocables d’origine anatolienne. On peut donc supposer que les premiers Grecs empruntèrent aux occupants primitifs ces termes et les techniques qu’ils recouvraient. Les Grecs apportèrent cependant avec eux deux nouveautés : le cheval et une céramique raffinée dite minyenne.

Pendant les premiers siècles du IIe millénaire, la Grèce semble vivre repliée sur elle-même, sans contact avec le monde extérieur. Les choses changent brusquement à partir de 1580 environ. Faut-il y voir un rapport avec l’arrivée d’une nouvelle vague d’envahisseurs grecs ? Les avis sur ce point divergent. Mais les archéologues constatent alors le développement d’une civilisation brillante, très proche de la civilisation crétoise et qu’on appelle la civilisation mycénienne, du nom d’un de ses centres les plus importants, l’acropole de Mycènes au nord-est du Péloponnèse. Personne aujourd’hui ne songerait à reprendre l’hypothèse de sir John Evans d’une conquête par la Crète du continent hellénique. Tout au plus pense-t-on à des relations (militaires, commerciales ?) avec la grande île. Les fouilles menées systématiquement sur les sites mycéniens, le déchiffrement des tablettes en linéaire B trouvées dans les ruines de Pylos permettent de se faire une idée un peu plus précise de ce monde mycénien, bien que de nombreux problèmes demeurent insolubles.

Le monde mycénien forme un tout et pourtant chaque centre paraît avoir eu une existence indépendante. Ce qui frappe lorsqu’on tente d’analyser la nature et les caractères du monde mycénien, ce n’est pas tant la richesse de ses princes, dont le souvenir s’est conservé jusqu’à l’élaboration des poèmes homériques, que l’organisation palatiale très poussée, devinée à la lecture des tablettes et qui n’est pas sans évoquer celle des grandes cités mésopotamiennes. Quelle était la puissance exacte des princes qui régnaient sur ces États ? Il est presque impossible de le dire, de même qu’on ne peut savoir s’il existait entre eux des liens de dépendance qui auraient permis aux