Celtes (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007221

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Celtes (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

Le nom des Celtes (Keltoi) apparaît pour la première fois dans les textes des historiens grecs du Ve siècle avant J.-C., Hécatée de Milet et Hérodote. Les géographes grecs et latins les présentent comme un peuple du Nord-Ouest de l’Europe vivant au nord de la Ligurie, entre les Ibères et les Germains. Mais leur domaine s’est étendu au cours du temps, à la suite d’un mouvement d’expansion que les auteurs anciens datent des IVe et IIIe siècles avant J.-C. Leur nom varie dans la littérature antique : ce sont tantôt les Celtes, tantôt les Gaulois (Galli en latin), tantôt les Galates.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des archéologues ont proposé de reconnaître dans les sites de l’Âge du fer nord-alpin les restes de la civilisation des Celtes. En 1913, dans son Manuel d’archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, Joseph Déchelette associe plus précisément ce peuple à la culture de La Tène (ou culture laténienne, définie, en 1872, par le Suédois Hans Hildebrand), qui se développe en effet à partir du Ve siècle (vers 475 av. J.-C.) en Bohême, en Autriche, en Allemagne du Sud et dans l’est et le centre de la France. Cette culture peut être reconnue, à partir du IVe siècle, dans les régions touchées par l’« expansion celtique » mentionnée dans les écrits antiques ; elle régresse puis disparaît lorsque toutes ces zones passent sous contrôle romain (dans la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. en Europe tempérée).

Joseph Déchelette montre que la culture laténienne du second Âge du fer s’inscrit dans la continuité de la culture de Hallstatt (vers 800-vers 475 av. J.-C.), caractéristique du premier Âge du fer. On s’accorde maintenant à reconnaître que les régions hallstattiennes et laténiennes anciennes dessinent les contours, parfois fluctuants, d’un domaine nord-alpin dont la cohérence est attestée, d’un point de vue archéologique, depuis le IIe millénaire avant J.-C. On suppose que ce domaine nord-alpin était habité pendant les Âges des métaux par une population homogène d’origine locale.

L’établissement d’une coïncidence précise entre le peuple « barbare » mentionné par les auteurs antiques sous le nom de Celtes et les cultures protohistoriques du domaine nord-alpin relève sans doute de la simplification historique. Il repose sur une série abondante d’observations archéologiques mais se heurte au manque de précision et aux contradictions que révèle la littérature antique consacrée aux pays de l’Europe tempérée. Les données linguistiques et épigraphiques, très lacunaires, ne permettent guère de préciser les choses. On peut supposer que les populations du domaine nord-alpin parlaient des dialectes appartenant au « groupe celtique » des langues indo-européennes. Mais, jusqu’au IVe siècle avant J.-C., l’extension de ce dernier dépassait largement les limites des cultures hallstattienne puis laténienne.

La question de l’identification des Celtes n’est pas résolue aujourd’hui. L’existence même d’une culture celtique homogène est parfois mise en doute. Alors qu’était dressé dans l’exposition Les Celtes, à Venise en 1991, le bilan de plusieurs décennies de travaux, le modèle hérité de l’archéologie du début du XXe siècle faisait l’objet de diverses critiques essentiellement émises par des chercheurs anglo-saxons.

1. La formation de la culture laténienne (vers 475-vers 390 av. J.-C.)

• La fin des principautés hallstattiennes

Dans la seconde moitié du VIe siècle avant J.-C., le domaine nord-alpin est divisé en une série de petites principautés contrôlées par des potentats locaux. Ceux-ci exercent un contrôle territorial sur une région d’une quarantaine de kilomètres de diamètre en moyenne. Ils assurent l’acheminement de produits de luxe et de denrées exotiques originaires de l’Italie et du midi de la France, comme le vin ou le corail, ainsi que leur distribution au sein d’un milieu aristocratique plus ou moins strictement dépendant d’eux. Les représentants les plus éminents des familles « princières », qui occupent de leur vivant une résidence de hauteur placée au cœur de leurs possessions, sont, à leur mort, enterrés à proximité dans des tombeaux monumentaux qui recèlent un mobilier funéraire fastueux.

Dès le début du Ve siècle avant J.-C., cette organisation centralisée et fortement hiérarchisée disparaît. Toutefois, les résidences princières hallstattiennes n’entraînent pas dans leur chute tout le milieu aristocratique qu’elles avaient contribué à faire prospérer. Dans la première moitié du Ve siècle avant J.-C., les domaines agricoles isolés, tenus par une riche noblesse foncière, semblent se multiplier dans l’ensemble du domaine nord-alpin, et plus particulièrement dans sa partie occidentale. Ils sont connus avant tout par des monuments funéraires imposants dispersés dans la campagne, mais aussi par des habitats isolés dans lesquels se multiplient les structures de stockage des productions agricoles.

De la même manière, la fin des résidences princières n’entraîne pas non plus l’interruption des échanges fructueux qu’entretenaient les élites hallstattiennes avec les villes étrusques et grecques d’Italie et du midi de la France. Bien au contraire, c’est dans la première moitié du Ve siècle avant J.-C. que commencent à se développer, le long des grands axes fluviaux, des comptoirs où affluent les produits méridionaux. Ils accueillent des installations métallurgiques et d’autres ateliers spécialisés dans lesquels exercent parfois des artisans venus d’Italie du Nord.

Les milieux aristocratiques nord-alpins maintiennent et renforcent les contacts et les alliances qui les liaient aux populations méridionales, notamment à celles du domaine de Golasecca (en Italie du Nord, dans les actuelles régions de la Lombardie et du Piémont). Ils en adoptent certaines pratiques funéraires et conservent d’autres usages empruntés plus tôt aux Étrusques, comme l’habitude de boire du vin. En témoignent les somptueux services de banquet en bronze importés que l’on retrouve dans les sépultures les plus riches et les restes d’amphores vinaires découverts dans les habitats. C’est aussi dans la première moitié du Ve siècle avant J.-C. que les artisans laténiens empruntent aux répertoires ornementaux grecs et étrusques – dont ils ont connaissance par les nombreux objets importés – les motifs qui leur servent de base pour élaborer un langage graphique original : la palmette et la fleur de lotus viennent alors enrichir les compositions géométriques anguleuses du dernier style hallstattien.

• Les nouvelles régions laténiennes

La transformation des sociétés transalpines dans la première moitié du Ve siècle avant J.-C. provient aussi d’une modification des grands équilibres régionaux : de nouvelles cultures dynamiques se développent au nord de l’ancienne zone des résidences princières, particulièrement en Champagne, dans les régions du Rhin moyen et en Bohême. Dès le VIe siècle avant J.-C., les sociétés de ces régions ont un fonctionnement très différent de celles qui prospéraient alors plus au sud, dans le centre-est de la France et en Allemagne du Sud. L’agencement des nécropoles et la nature des mobiliers funéraires révèlent la persistance d’une organisation en hameaux peu hiérarchisés entre eux, occupés par une population d’importance numérique variable, au sein de laquelle les différences de statut social sont relativement peu marquées.

En Champagne, par exemple, les nécropoles tumulaires font très tôt place à des cimetières à inhumation en tombes plates. Les usages vestimentaires et l’équipement funéraire caractéristiques de l’époque laténienne font aussi leur apparition. Les femmes portent au cou un collier rigide en bronze, le torque, qui est fréquemment orné de motifs géométriques. De manière plus originale, les hommes sont presque systématiquement présentés dans leur tombe comme des guerriers, armés de lances et d’une épée.