Castille (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007214

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Castille (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

La Castille, c’est le pays de « los castillos », des châteaux qui hérissaient cette région frontière, fréquemment attaquée par les armées musulmanes. Bien que cette étymologie ait été contestée, elle répond au moins au rôle historique joué à ses débuts par la Castille. La Vieille-Castille, formée autour de la haute vallée du Duero, s’étend vers le sud avec la Reconquête, et finit par s’adjoindre, sous le nom de Nouvelle-Castille, la plus grande partie du plateau central de l’Espagne. Le royaume de Castille devient ainsi le principal de la Péninsule et contribue largement à la formation de son unité. Mais si la Castille a joué un rôle décisif dans la formation de l’Espagne, son influence s’est exercée particulièrement dans le domaine des arts.

La Castille se définit par un paysage, celui des hauts plateaux de la Meseta, dont l’économie est traditionnellement fondée sur la culture du blé et l’élevage du mouton. Cependant la barrière de la cordillère centrale, articulation majeure de l’Espagne intérieure, la traverse en son milieu, séparant deux paysages bien caractérisés : au nord, la Vieille-Castille développe ses hautes terres à l’intérieur d’un cercle de montagnes ; au sud, la Nouvelle-Castille tempère la rudesse de la Meseta par le déroulement des rivages heureux du Tage et elle s’ouvre plus facilement aux voies de communication.

À ces deux types de paysage correspondent deux moments de l’évolution du pays qui accéda à la direction politique de la péninsule Ibérique. La Vieille-Castille symbolise l’œuvre de la Reconquête, conduite dans une ambiance résolument européenne. Il revint à la Nouvelle-Castille, après les victoires décisives remportées sur les musulmans, de définir le visage de la société castillane du Moyen Âge. Celle-ci comprit, outre l’élément chrétien, un ensemble complexe et original formé d’apports musulmans, mozarabes et juifs.

Cependant, après l’œuvre d’unification réalisée par les Rois Catholiques, la Castille exerça son hégémonie sur la politique, l’économie et la culture de toute la Péninsule. Tolède, qui s’était substituée à Burgos, fut elle-même évincée par Madrid.

Ces conditions géographiques et historiques constituèrent le cadre du développement artistique de la Castille au Moyen Âge et à l’époque moderne.

1. La Castille et la formation de l’unité espagnole

• Du comte Rodrigue à Ferdinand Ier

En 800, il est fait pour la première fois mention du territorium Castelle, petite circonscription occupant la haute vallée du rio Trueba, dans le nord de l’actuelle province de Burgos. Vers 850, déjà agrandie, cette circonscription constitue un comté ; le comte Rodrigue soutient le roi des Asturies, Alphonse III.

Voisine de la Navarre souvent hostile, située sur la route le plus volontiers suivie par les armées musulmanes, la Castille fut le théâtre de guerres, où s’affirma son originalité. Les nécessités de la défense suscitèrent le développement d’une petite noblesse militaire et d’une vigoureuse paysannerie, libre et propriétaire du sol. Un droit coutumier naquit des sentences des juges, différent du vieux droit wisigothique. Une aspiration à l’indépendance politique se manifesta par une série de rébellions.

Le vrai fondateur de la Castille est sans doute le comte Fernán González (930 env.-970). « Plus astucieux, audacieux et indocile qu’héroïque ou génial » (C. Sánchez Albornoz), il sut, avant tout, profiter des troubles pour élargir sa domination : limitée d’abord au comté de Lara, elle s’étendit à toute la Vieille-Castille, dont l’investit le roi Ramire II. Après les interventions d’al-Manṣūr, les descendants de Ramire intervinrent dans les luttes internes de l’Espagne musulmane. Quelque temps, la Castille fut absorbée dans le vaste État de Sanche le Grand, roi de Navarre  : à la mort de celui-ci (1035), son fils Ferdinand Ier devint comte de Castille, puis s’empara du royaume de León. Dès lors s’affirme la prédominance de la Castille sur le León : c’est elle que Ferdinand Ier léguera, en 1065, avec le titre royal, à son fils aîné Sanche.

• La Nouvelle-Castille

Mettant à profit les quelques années que lui laissèrent ses démêlés avec d’autres souverains chrétiens, Ferdinand Ier avait tracé la voie, libérant la région de Coïmbre, contraignant les rois musulmans de Tolède, de Séville et de Saragosse à payer des tributs qui, même irrégulièrement versés, mirent de très grosses sommes à sa disposition.