Byzance (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007191

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Byzance (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

La séparation de l’Empire romain de Théodose Ier, en 395, entre ses deux fils, marque le début de l’Empire byzantin. La pars occidentalis subira les poussées barbares, jusqu’à son effondrement en 476, tandis que, en Orient, les différentes dynasties qui se succèdent, des Théodosiens aux Paléologues, tentent de maintenir l’héritage antique et chrétien hérité de l’Empire romain. Cependant, des dissensions religieuses opposent les deux parties du monde chrétien, notamment après le schisme de 1054, Rome refusant de reconnaître le patriarche de Constantinople comme le pape de l’Orient chrétien. L’Empire byzantin se maintient durant un millénaire, s’étendant et se rétractant sans cesse, convoité par ses voisins, jusqu’à la prise de sa capitale, Constantinople, par les Ottomans en 1453.

E.U.

1. L’ère protobyzantine (395-610)

L’Empire byzantin est né en quelque sorte par hasard. Quand Théodose Ier, qui avait conféré le titre d’auguste à ses deux fils, Arcadius et Honorius, légua au premier le gouvernement de l’Orient et au second celui de l’Occident, il ne crut pas – ni personne en son temps – avoir procédé à un partage définitif ; dans son esprit il ne s’agissait même pas d’un partage à proprement parler : ses deux fils n’étaient pas les souverains de deux États distincts, ils étaient deux coempereurs qui se partageaient les responsabilités d’un même Empire, où les décisions, qu’elles fussent prises pour l’Orient ou pour l’Occident, l’étaient en leur nom à tous deux. Cette conception, qui survécut longtemps aux règnes des deux frères (puisque le Code de Théodose II, en 438, fut promulgué aussi au nom de Valentinien III), explique l’énergie avec laquelle les empereurs orientaux de cette période, Justinien le tout premier, s’accrochèrent au passé, rêvèrent de reconstituer l’Empire universel. Ils ne portaient pas encore le titre grec de basileus et ne se considéraient pas comme des souverains grecs : au vrai, ils ne l’étaient guère. La dynastie théodosienne était issue d’Espagne ; ses successeurs étaient pour la plupart originaires de la partie non grecque de la péninsule balkanique, tels les Thraces Marcien et Léon Ier, l’Épirote Anastase, l’Illyrien Justin Ier ; on trouve même un pur barbare, l’Isaurien Zénon, qui s’appelait Tarasicodissa avant son avènement. Il faut descendre jusqu’à Tibère II pour rencontrer un empereur qui soit vraiment d’ascendance grecque. Parmi les hommes d’État qui entourent ces empereurs, il y a aussi beaucoup d’Occidentaux ; du reste, la langue de l’administration et des tribunaux est encore le latin, et non le grec. Même dans le domaine de la culture, le grec n’a pas encore conquis toutes les positions : ainsi, l’université de Constantinople réorganisée par Théodose II compte seulement seize chaires grecques pour quinze latines. Cette période ambiguë, où l’élément grec ne finira par s’imposer que sous la pression des événements, et non pas selon un plan concerté, mérite donc bien le nom d’Empire romain d’Orient qui lui est parfois donné.

• Les Barbares

On peut y distinguer trois phases. Durant la première, qui correspond aux règnes des faibles successeurs de Théodose Ier et des empereurs imposés par les milices barbares (395-491), l’Orient ne peut guère mieux faire que de survivre aux grands bouleversements qui emporteront la pars occidentalis. À trois reprises, les Balkans sont ravagés par les Barbares : sous Arcadius, par les Wisigoths d’Alaric, que Théodose avait installés en Mésie ; en 441-443, par les Huns d’Attila ; sous Zénon, par les Ostrogoths de Théodoric. Chaque fois, les Augustes de Constantinople réussissent à détourner vers l’Occident le flot barbare, soit par des tributs que la richesse encore très grande de l’Orient leur permet de payer, soit par l’habileté de leur diplomatie ; ce faisant, ils sacrifient délibérément à la sécurité de leur domaine la pars occidentalis, indéfendable et déjà ruinée. On pourrait se demander pourquoi l’or de Byzance, au lieu d’être gaspillé en tributs, ne servait pas plutôt à renforcer l’armée pour la rendre apte à mieux défendre les frontières. C’est que l’Empire manquait d’hommes, non seulement du fait de la dénatalité (qui se fera sentir au moins jusqu’à la fin du VIe siècle), mais aussi parce que le régime dominant était celui de la grande propriété, très peu favorable au recrutement militaire. Il faut remarquer aussi que ce tribut était moins une marque de sujétion humiliante que l’instrument d’une fructueuse opération commerciale : l’or byzantin était en grande partie récupéré sur les marchés frontières installés par l’État et où, à des prix imposés par lui, les Barbares achetaient les marchandises de luxe fabriquées dans l’Empire. Cette manière de subvention détournée en stimulant la production industrielle, profitait au fisc.

L’influence des Goths se fit sentir à Constantinople même, par l’intermédiaire des chefs de l’armée, jusque sous Léon Ier. Celui-ci voulut la neutraliser en faisant appel à d’autres Barbares installés en Asie Mineure, les Isauriens. La rivalité des deux partis déchaîna des guerres civiles qui se prolongèrent durant tout le règne de l’Isaurien Zénon. Dans le même temps, l’opinion était déchirée par deux grandes querelles dogmatiques, envenimées l’une et l’autre par la rivalité des patriarcats d’Alexandrie et de Constantinople que l’exil de Jean Chrysostome (404) avait pour toujours dressés l’un contre l’autre. Si la capitale fut de nouveau vaincue, en la personne de Nestorius, par Cyrille d’Alexandrie au concile d’Éphèse (431), elle eut sa revanche au concile de Chalcédoine (451) où, grâce à l’appui de Rome, fut obtenue la condamnation du monophysisme. Cette doctrine, qui niait que l’humanité du Christ fût une nature complète comme l’était sa divinité, était incontestablement une hérésie ; elle n’en fit pas moins beaucoup d’adeptes en Syrie et en Palestine et contribua grandement à détacher ces provinces de l’Empire.

• Équilibre politique et crise religieuse

Avec l’avènement d’Anastase Ier (491) commence une seconde phase que l’on peut clore à la mort de Justinien (565) et où l’on voit l’Empire retrouver son équilibre politique sans parvenir à surmonter la crise religieuse. Anastase, fonctionnaire âgé qu’Ariadne, la veuve de Zénon, épousa à la demande du Sénat pour que le trône pût lui être donné, fut un grand administrateur et un excellent financier. Il supprima notamment l’exécrable système des curiales responsables de l’impôt et créa un corps de percepteurs. Il stimula l’économie urbaine en abolissant l’impôt sur le commerce et l’industrie, l’impopulaire chrysargyre dème