Histoire de l'océan Atlantique (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007184

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Histoire de l’océan Atlantique (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

On rencontre, dès l’Antiquité, le mot « Atlantique » pour désigner le grand océan qui se trouve à l’ouest de l’Europe. Selon Hérodote, ce nom lui viendrait du peuple des Atlantes, qui habitait le Maroc. La dénomination disparut au Moyen Âge. On lui préféra alors celle de « mer Occidentale » ou quelquefois de « mer du Nord ». Mais le géographe Mercator fit revivre le mot « Atlantique » en le plaçant sur sa célèbre mappemonde, en 1569, et ce terme se substitua dès lors, peu à peu, à celui de « mer Océane » des vieux cartographes français.

1. L’Atlantique dans l’Antiquité

Il est certain que les populations préhistoriques campèrent sur les rivages de l’Atlantique. Se risquèrent-elles sur leurs eaux à bord de frêles esquifs ? C’est possible, rien dans l’état actuel de nos connaissances ne permet de l’affirmer. L’Atlantique, en effet, n’entre pas dans l’histoire avant l’an 600 avant J.-C. Hérodote raconte qu’à cette époque le pharaon d’Égypte Néchao II aurait accompli le périple de l’Afrique. Parti de la mer Rouge, il aurait été de retour en Méditerranée trois ans plus tard, après avoir franchi les colonnes d’Hercule. Exploit remarquable, s’il était confirmé. Mais rien n’est venu, jusqu’à présent, corroborer le récit d’Hérodote. On est certain que les Phéniciens, qui possédaient au demeurant de meilleures embarcations que les Égyptiens, ont franchi le détroit de Gibraltar. En 465 avant notre ère, Hannon, magistrat de Carthage, reçut l’ordre d’aller établir des colonies au-delà des colonnes d’Hercule. Il partit avec trente mille personnes, sur soixante navires. Il fonda ainsi, sur la côte actuelle du Maroc, les colonies de Thyméatherion (Mehédia) et Caricur (Agadir ?). Poursuivant sa route vers le sud, il doubla le cap Vert et aurait atteint la région du Cameroun. Au retour, Hannon et ses compagnons visitèrent des îles qu’ils nommèrent « Fortunées » à cause de la richesse de leur végétation : ce sont les Canaries. Ils abordèrent aussi à Madère. On a dit que certains membres de l’expédition, séparés du gros par une tempête, auraient été poussés par les vents jusqu’en Amérique. Rien ne le confirme. Pendant qu’Hannon cinglait vers le sud, un de ses compagnons, Himilcon, se dirigeait vers le nord, explorait l’île d’Albion (l’Angleterre), les Cassitérides, ou îles à étain (les Sorlingues), l’île Sacrée (l’Irlande). À dater de ces explorations, Phéniciens, Carthaginois et Grecs nouent, par l’Atlantique, des relations commerciales avec les pays de la mer du Nord, de la Baltique et de la côte atlantique du Maroc. Vers 340 avant notre ère, un Grec de Marseille, Pythéas, renouvelle l’exploit d’Himilcon, et se rend encore plus avant dans le Nord. Il atteint, en effet, l’île de Thulé, où la durée du jour était de vingt-quatre heures. Il s’agit sans doute de l’Islande. Durant l’Antiquité classique et le haut Moyen Âge, il ne semble pas que les Européens aient dépassé les régions atteintes par Hannon, Himilcon ou Pythéas.

Jusqu’au IXe siècle de notre ère, les routes de l’Atlantique, qui longeaient de près les côtes de l’Afrique septentrionale et de l’Europe, furent dominées par des Méditerranéens : Égyptiens, Phéniciens, Grecs, Romains, Arabes.

2. Les Vikings

À partir du IXe siècle, les Scandinaves prennent une place grandissante dans la navigation atlantique. Les rois du Vik – le golfe de Göteborg – ou Vikings, se lancent au loin sur des bateaux légers et rapides, les skeids, dont plusieurs exemplaires ont été retrouvés en parfait état dans les tombes de ces marins et ornent aujourd’hui les musées scandinaves. Montés sur ces barques, les Vikings jettent la terreur parmi les populations côtières de l’Europe. Ils s’installent en « Normandie » (traité de Saint-Clair-sur-Epte, 911) et même en Sicile. Ils s’aventurent loin vers l’ouest. En 874, deux soldats normands, Ingold et Leif, chassés de chez eux pour meurtre, abordent en Islande. Ils prennent possession du sol, fondent une colonie, chargent une assemblée des habitants, l’Alting, de rédiger des lois. Un siècle plus tard, en 983, un Norvégien fixé en Islande, Erik le Rouge, parti vers des terres dont des navigateurs lui avaient parlé, aborde dans une région où les graminées poussaient en abondance, entre de nombreux bouleaux : il la baptise Groenland, le « pays vert ». De nombreux colons rejoignirent Erik, un évêché fut même créé dans le pays. Toutefois, malgré la présence de maigres bouleaux, le bois de construction faisait cruellement défaut aux habitants du Groenland. Leif, fils d’Erik, ayant entendu dire qu’il existait, encore plus à l’ouest, une région où le bois était abondant, décida de s’y rendre en l’an 1000. Il découvrit d’abord une région de rochers peu fertile à laquelle il donna le nom d’Helluland, puis une côte basse, bordée de forêts, le Markland, enfin un pays où poussait la vigne, le Vinland.

Où se situent ces découvertes ? Les avis diffèrent. Le Helluland est communément identifié avec le nord de Terre-Neuve, le Markland avec la Nouvelle-Écosse. Mais le Vinland ? Les uns le placent dans le golfe du Saint-Laurent, d’autres plus au sud, dans l’île de Long Island, voisine de New York.

Leif Eriksson n’aurait pas été le seul à aborder « l’Amérique ». Les sagas (récits) scandinaves racontent que son frère Thorwald aurait également abordé au Vinland en 1003. Il y aurait lutté contre les indigènes et aurait péri au cours d’un combat. En 1006, Thorstein, un autre frère de Leif, s’efforça sans succès de le venger. En 1007, une expédition nombreuse quitta le Groenland pour fonder une colonie au Vinland. Mais les colons, dont les uns étaient païens, les autres chrétiens, ne s’entendirent pas. La plupart regagnèrent rapidement le Groenland. Les autres restèrent peu de temps au Vinland et finirent par rentrer en Norvège. Il y eut, semble-t-il, d’autres expéditions transatlantiques vers le Vinland. De nombreux textes des XIe et XIIe siècles mentionnent ce pays. En 1059, un évêque groenlandais aurait même été martyrisé au Vinland. On devrait donc retrouver, en Amérique, des traces de l’établissement des Vikings. Celles-ci, toutefois, sont très peu nombreuses et toutes contestées : pierres couvertes d’inscriptions scandinaves, ou runiques, quelques armes, et surtout présence, parmi les Indiens de la baie d’Hudson, d’individus aux yeux clairs et aux cheveux blonds.